Conséquences

Pourquoi votre genou souffre du FHL

Le genou est l’articulation qui souffre le plus du Hallux Limitus Fonctionnel. Quand le pied perd son synchronisme, le genou devient le fusible biomécanique de toute la chaîne. Syndrome rotulien, déchirure du ligament croisé, syndrome de la bandelette ilio-tibiale, trois pathologies majeures dont l’origine remonte au gros orteil.

Section conséquences

La cascade du FHL jusqu’au genou

Le pied n’est pas une articulation isolée. Il s’inscrit dans une chaîne biomécanique où chaque maillon influence les suivants. Quand le FHL bloque le déroulé du pas, le tibia ne peut plus tourner correctement, le genou se retrouve mal positionné, et l’ensemble de l’appareil extenseur se déstabilise.

La chaîne biomécanique en cause
Schéma de la chaîne biomécanique FHL — genou

Le genou, fusible biomécanique de la marche

Pour comprendre l’implication du FHL dans les douleurs du genou, il faut situer cette articulation dans le contexte global du membre inférieur. Le genou est une articulation condylienne qui, à la marche, est presque fixée en rotation par la contraction du muscle poplité au moment où le talon touche le sol. La composante rotatoire est négligeable pendant la marche, et c’est la hanche en amont et la sous-talienne en aval qui assument cette fonction.

La sous-talienne et la hanche sont anatomiquement comparables. Les anglo-saxons les appellent ball-in-the-socket joints. Le Professeur Pisani les a baptisées coxa pedis et coxa femoris. Ces deux articulations sont interdépendantes. Lorsque l’une se bloque, l’autre doit suivre le sens imposé du mouvement ou résister par la force des stabilisateurs.

C’est exactement ce qui survient dans le FHL. La sous-talienne est verrouillée par l’effet ténodèse du tendon long fléchisseur. La hanche est entraînée en rotation interne lors de l’appui (medial collapse) puis en rotation externe en phase taligrade. Le bras de levier fessier perd de son efficacité.

Le genou, articulation sandwich

Pris entre une hanche désaxée et une cheville bloquée, le genou subit. Il est mal positionné en rotation, sa musculature stabilisatrice est désynchronisée, et il devient la cible des compensations. C’est lui qui, le plus souvent, fait mal en premier.

Trois zones de douleur, trois syndromes

Le FHL est responsable de trois grands syndromes douloureux du genou, chacun localisé sur une zone précise de l’articulation. Reconnaître la zone douloureuse oriente vers le syndrome correspondant.

Face antérieure (rotule) → syndrome rotulien. Face externe → bandelette ilio-tibiale. Face interne → tendinite patte d’oie.

Le syndrome rotulien

Le syndrome rotulien est la pathologie du genou la plus fréquemment rencontrée en consultation de médecine du sport. Il se définit par une douleur mécanique ressentie à la face antérieure du genou, souvent décrite comme antéro-interne. Les sollicitations en compression, accroupissement, montée et descente d’escaliers, position assise prolongée, sont des facteurs déclenchants ou aggravants.

Le mécanisme expliqué — Le FHL provoque une désynchronisation à la marche qui entraîne une contraction différée du quadriceps à l’atterrissage du pied au sol. La rotule, à ce moment précis, n’est pas appliquée sur le versant externe de la trochlée comme elle devrait l’être, mais flotte. Elle se trouve brusquement plaquée sur le versant interne de la trochlée au moment où le quadriceps se contracte enfin, trop tard. Cette répétition de contraintes en pression et cisaillement provoque l’apparition d’un œdème osseux transitoire sur le versant interne de la rotule, à l’origine des douleurs.

Les douleurs apparaissent pendant l’effort, en particulier à la course. Elles peuvent être si violentes qu’elles obligent à l’arrêt de l’activité. Le repos sportif les fait disparaître, mais elles récidivent dès la reprise. Aucune corrélation n’a pu être établie entre les lésions cartilagineuses et les douleurs. Le terme de chondropathie rotulienne n’a plus cours aujourd’hui pour définir ce syndrome qui n’évolue pas vers l’arthrose.

« En recherchant systématiquement le FHL depuis vingt ans, j’ai constaté que cette entité est présente et peut être diagnostiquée dans tous les cas de syndrome rotulien. »

Dr Jacques Vallotton, Centre Orthopédique d’Ouchy

Les douleurs périphériques associées

Parallèlement aux douleurs articulaires, des douleurs peuvent exister en périphérie du genou, particulièrement sur les tendons. Les plus exposés sont la bandelette ilio-tibiale et les tendons de la patte d’oie sur la face interne du plateau tibial. Ces tendons tentent de lutter contre la rotation externe excessive du tibia associée à une supination exagérée lors de l’impact du pied au sol, induite par le FHL. Les forces sont importantes car elles s’exercent en mode excentrique, c’est-à-dire en freinage du mouvement. Les patients ne se plaignent que rarement de ces douleurs, mais elles sont retrouvées de manière constante à la palpation.

La déchirure du ligament croisé antérieur

Les lésions du ligament croisé antérieur (LCA) représentent entre 100 000 et 200 000 cas par an aux États-Unis selon une étude récente de l’université d’Harvard publiée en 2020. Les trois quarts de ces entorses surviennent lors de traumatismes sans contact, dans des activités sportives sollicitant des mouvements de pivot, sports de balle, sports de glisse, sports de combat, gymnastique.

Le mécanisme lésionnel — L’entorse survient typiquement lors d’une décélération brutale associée à un changement de direction qui déséquilibre le genou, ou à la réception d’un saut suivie d’un lâchage du genou en valgus. Ce mouvement brutal est dû à une bascule du pied en pronation qui entraîne le genou dans une spirale infernale en valgus et rotation tibiale interne. C’est ce qu’on appelle le medial collapse du genou.

Découverte au Centre du pied

Le point de départ de cette brusque bascule du pied en pronation est une caractéristique du FHL, mise en évidence par l’analyse de l’empreinte du pied au sol lors des bilans de marche sur tapis connecté. Pour les populations à haut risque de récidive, nous préconisons d’associer une ténolyse du FHL à la reconstruction du LCA pour améliorer le pronostic du genou.

Une étude rétrospective sur plus de 120 cas est en cours au Centre du pied pour évaluer les résultats à moyen terme de cette association ténolyse plus reconstruction du LCA.

Le syndrome de la bandelette ilio-tibiale

Le syndrome douloureux de la bandelette ilio-tibiale, aussi appelé syndrome de l’essuie-glace ou Runner’s Knee, est l’expression la plus visible de l’interaction entre le pied et le genou dans le mouvement. Il apparaît principalement à la course, d’où sa dénomination anglaise de genou du coureur à pied. Les douleurs siègent électivement sur le versant externe du genou, où une bandelette tendineuse vient frotter le relief osseux du fémur (condyle externe) et créer une inflammation, une bursite.

L’origine, une attaque du pas modifiée — La bandelette ilio-tibiale est anatomiquement comparable à une bande de store de trois à quatre centimètres de large. Elle a son origine sur la crête iliaque et son attache distale sur le plateau externe du tibia, fonctionnant comme un véritable hauban externe qui stabilise à la fois la hanche et le genou.

Certaines morphologies prédisposent au syndrome, jambes en X ou en O, hyper-laxité naturelle, manque de souplesse musculaire, relief osseux prononcé. Mais ce syndrome apparaissant dans le mouvement et surtout à la course ou à la marche en descente, l’explication biomécanique est essentielle. Le FHL est présent dans tous les cas de syndrome douloureux de la bandelette ilio-tibiale et joue un rôle majeur dans l’apparition des douleurs. L’attaque du pas sur le bord externe du talon et l’impact plus fort mettent une tension supplémentaire sur la bandelette.

Bonne nouvelle pour les coureurs

Le traitement conservateur proposé pour le FHL est le plus souvent efficace sur le syndrome de la bandelette ilio-tibiale. Pour les coureurs réguliers, une analyse du mouvement sur tapis de marche et un bilan podologique dynamique permettent de poursuivre l’activité dans les meilleures conditions.

Articles scientifiques de référence

Deux publications du Centre du pied en collaboration avec l’équipe de recherche orthopédique documentent l’implication du FHL dans les pathologies du genou.

Article

Posterolateral pain after TKA

Olden T. R., Vallotton J., 2021, A rare etiology of posterolateral pain subsequent to a total knee arthroplasty.

Article

Endoscopic Tenolysis of FHL

Olden T. R., Vallotton J., 2020, Endoscopic Tenolysis of Flexor Hallucis Longus Tendon, Surgical Technique.

Comprendre en vidéo

Deux conférences du Congrès Medicol 2013 illustrent les conséquences biomécaniques du FHL et l’interdépendance entre la sous-talienne et la hanche, les deux « coxa » décrites par le Professeur Pisani.

vidéo

Conséquences biomécaniques de l’hallux limitus fonctionnel

vidéo

Coxa pedis et coxa femoris : interdépendance et complémentarité

Vous reconnaissez vos douleurs ?

Faire le point sur votre situation

Si les douleurs décrites correspondent à ce que vous ressentez, le bilan de mobilité au Centre du pied permet d’objectiver l’éventuel FHL qui en est à l’origine.

En bref

Articulation

la plus touchée

Syndromes

3 principaux

Patient type

jeune, sportif

Population

plutôt féminine

Imagerie

le plus souvent normale

Évolution arthrose

non